ALG : Quand la motivation est «tuée» chez les joueurs locaux
MALIK MOHAMED

Lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations (CAN) – Maroc 2025, on ne comptait que deux joueurs issus du championnat national dans l’effectif de Vladimir Petkovic : le gardien de l’USM Alger, Oussama Benbot, et le défenseur de la JS Kabylie, Zindedine Belaïd. Si le second a fait trois apparitions en disputant 158 minutes (34e contre le Burkina Faso, 97e face à la Guinée Equatoriale et 27e contre la RD Congo), le premier n’a jamais enfilé sa tenue, restant dans les tribunes durant tous les matchs. Ce qui l’a amené, dès son retour à Alger, à rédiger un gentil courrier pour l’adresser à la Fédération algérienne de football, lui annonçant sa retraite internationale.
Cet épisode marquant n’est pas passé inaperçu, même s’il n’a pas bénéficié de la couverture médiatique nécessaire, car vite casé dans le tiroir des souvenirs. Mais l’attitude de Benbot est symptomatique d’une situation de plus en plus défavorable pour les joueurs dits locaux, issus du championnat algérien qui voient chaque jour les portes de la sélection A se refermer devant eux. Ils se trouveront certains qui diront que le championnat national est faible pour prétendre fournir des joueurs capables d’apporter le plus pour la première sélection. Soit, mais ces mêmes joueurs ont-ils eu suffisamment de temps et de possibilités pour s’exprimer et montrer ce dont ils sont capables de réaliser à un palier supérieur ?
Ces mêmes joueurs avaient, jusqu’à il y a quelques mois, la possibilité de s’exprimer lors du Championnat d’Afrique des nations (CHAN), une compétition mise en place par la Confédération africaine de football (CAF) en 200 spécialement dédiée aux joueurs évoluant dans les championnats nationaux. Malheureusement, cette même CAF a décidé, en décembre dernier, de mettre fin à cette épreuve qui a vu éclore de nombreux joueurs, et de la remplacer à partir de 2028 par la Ligue des nations, une compétition copiée sur le format européen, mais ouverte à tous les joueurs sans distinction de territoire.
Même la Coupe arabe des nations de la FIFA, dont les deux dernières éditions se sont déroulées au Qatar (2021 et 2025), n’est plus la priorité pour certaines fédérations, comme l’Algérie, pour faire participer que des joueurs locaux. La dernière en date en est le parfait exemple, puisque des joueurs comme Islam Slimani, sociétaire du club roumain de Cluj, ou bien Rafik Guitane, du GD Estoril-Praia, Portugal, ont été retenus au détriment de joueurs locaux. Sans compter tous les joueurs évoluant dans les pays du Golfe (Yassine Brahimi, Yacine Benzia, Amir Sayoud, Adam Ounas, …) qui, prioritairement, y ont pris part.
En définitive, que peut-il rester comme motivation au joueur local ? Mis à part gagner un salaire, décrocher des primes et espérer un titre au niveau national (Coupe et championnat) pour embellir son palmarès personnel, cette grosse ambition d’endosser le maillot national, ne fait que s’effilocher avec le temps. D’autant qu’avec le retour des « Bahamistes » aux affaires du football algérien, les chances se sont sérieusement amenuisées au profit de joueurs, évoluant même en seconde division dans des championnats européens. Et puis, il y a ces joueurs inconnus au bataillon que les médias de l’autre côté de la Méditerranée tentent d’imposer grâce à des agents qui avancent masqués. Le plus grave est que les médias locaux servent de relais, sans les avoir vu à l’œuvre.
Comme l’a révélé un des joueurs locaux : «On a tué en nous la motivation et l’ambition de penser à l’équipe nationale. Il faut partir à l’étranger pour espérer être contacté, et encore. Certains, malgré le fait qu’ils brillent régulièrement dans leurs clubs respectifs, ils ne sont pas certains d’être convoqués.» Ce joueur, qui a préféré garder l’anonymat, a tout résumé.
– MALIK MOHAMED
