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PwC : Les réponses à l’emporte-pièce de la CAF

Nazim Bessol (BOTOLA)

Une semaine après la publication par le New York Times d’une partie des conclusions de l’audit du cabinet PricewaterhouseCoopers (PwC), le Comité exécutif CAF, réduit à sa plus simple expression : 13 membres sur 23, « contestent les allégations non fondées contenues dans ce rapport. » PAR NAZIM BESSOL

Sur la cinquantaine de pages vue par Botola, la CAF n’a choisi de répondre que sur les trois points évoqués par la presse internationale. Cependant, les contrôleurs ont détaillé dès les premières pages l’approche choisie dans le point 4 et suivant de son sommaire. Ainsi, les auditeurs de PwC expliquent que : « de septembre à octobre 2019, PwC a effectué certaines procédures d’enquête sur place et hors site impliquant un examen de plusieurs secteurs clés des finances et des opérations de la CAF afin de déterminer si des erreurs financières, des conflits d’intérêts et un contournement des directives pertinentes ont pu survenir pendant la période.», avant de poursuivre : « Pour les besoins de l’examen, aucune donnée comptable appropriée n’était disponible pour l’exercice 2015 en raison de la migration incomplète de ces données des anciens dossiers vers le système comptable JD Edwards. Pour l’exercice 2019, les données comptables n’ont pas été mises à jour dans JD Edwards pour la période de janvier à juin 2019. Les examens des écritures comptables et certaines analyses forensiques standard n’ont pas été effectuées pour les périodes pour lesquelles les données n’ont pas été fournies.»

Un mélange de fondsde la CAF et de la FIFA

Est-ce assez, pour remettre en cause l’ensemble des conclusions ? certainement pas, puisqu’au fil des pages, les contrôleurs de PwC pointent des dysfonctionnements des plus inquiétants notamment sur l’utilisation des fonds de la FIFA. Ainsi, là où la CAF explique que « l’utilisation est strictement encadrée par des procédures de la FIFA elle-même. » Le PwC répond que : « La traçabilité et la justification de l’utilisation des fonds, qui sont des éléments cruciaux dans l’utilisation des fonds de FIFA Forward, semblent compromises en raison du mélange des fonds de la CAF et de la FIFA, et de leurs détours non autorisés ou injustifiés entre les comptes des programmes et ceux des activités opérationnelles de la CAF. » Il n’est donc pas reproché à la CAF de n’avoir pas respecté les procédures d’utilisation des fonds de la FIFA, mais bien pire, il lui est reproché selon les auditeurs, d’avoir confondu cet argent destiné à financer des projets approuvés par l’instance mondiale, avec le sien et de l’avoir détourné pour un usage pour lequel il n’était pas prévu. Dans sa tentative de diversion, le communiqué de la CAF fait ce petit rappel et exclut volontairement de la période contrôlée, le mandat d’Ahmad Ahmad : « (…) les années 2015, 2016, 2017 ont fait l’objet d’un audit de la FIFA à travers des cabinets internationaux au nombre desquels figure PWC. » Sauf, qu’il est écrit noir sur blanc dans le rapport de PwC au point 6, du chapitre réservé au « Fonds de développement de la FIFA » qu’« Au cours de la période de 2015 à 2018, la FIFA a versé un total de USD 51 millions… » la première année du mandat de Ahmad Ahmad et son équipe a donc belle est bien été auditée à en croire le rapport du cabinet suisse.

Plus qu’une question de solidarité

Concernant la prise en charge de funérailles, que la CAF a justifié par le devoir de « solidarité en faveur de familles de personnes ayant servi le football africain dont la famille de feu Hussein Swaleh décédé de retour de mission dans le crash d’un avion. » Un acte louable certes, mais il ne peut servir de paravent face à une gestion qui apparaît catastrophique et où le cash sans justificatifs ni traçabilité est roi. Ce qui fait dire aux contrôleurs de PwC qu’ « Un grand nombre de paiements ont été effectués en espèces, impliquant généralement l’émission par la CAF d’un «chèque en espèces», qui est ensuite dépensé par un membre du personnel de la CAF. Le recours à l’argent comptant, pour les dépenses d’entreprise de cette façon n’entraîne que peu ou prou de piste de contrôle pour vérifier si l’argent a été dépensé de façon légitime ou non… »

Quelle crédibilité pour le Comex ?

Enfin, attribuer la paternité du contrat Tactical Steel, au Comité Exécutif de la CAF, est une formule toute trouvée pour dégager la responsabilité du gestionnaire de la CAF, Ahmad Ahmad, et de son assistant personnel, Loïc Gérand, ami personnel de Romuald Seillier parton de l’entreprise
française. Alors même qu’Ahmad Ahmad, avait endossé la responsabilité de ce dossier en déclarant sans détour à France Football, « J’ai donc demandé à mon attaché (Loïc Gérand) de contacter une personne de sa connaissance dans ce secteur (Romuald Seilier, patron de Tactical Steel). Lui pouvait nous fournir ». Et que le rapport de PwC, indique qu’« il semble que le bureau du Président de la CAF ait été potentiellement impliqué dans l’acceptation de l’offre initiale de Tactical Steel, puis dans les coûts supplémentaires de gestion et de logistique, sans impliquer les autres services pertinents de la CAF comme les achats, le marketing et les finances. » Le comité exécutif de la CAF, affirme le contraire sans que cela ne figure dans les minutes. Une manœuvre devenue habituelle, puisque c’est ainsi qu’a été justifié le double paiement FIFA/CAF lors de la Coupe du Monde 2018, l’attribution de la CAN Futsal à Laâyoune occupée et aujourd’hui l’attribution de plusieurs marchés à plusieurs millions de dollars à Tacticall Steel, jugés « extrêmement suspects » par PwC !

Nazim Bessol 

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