AFR - ITW : Quand Fekrou Kidane parle

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Consultant sportif, l’actuel conseiller d’Issa Hayatou à la Confédération africaine de football (CAF), l’Ethiopien Fekrou Kidane dont la discrétion est réputée a accordé un entretien à la revue AFRICA 24 Magazine. Ses points de vue méritent que l’on s’y attarde et force le respect. Voici de larges extraits.

Quel regard portez-vous sur l’évolution du football ?

Le football a toujours été le sport favori des Africains, et il le reste encore ! Mais il est devenu, petit à petit, un instrument politique. Dans les pays africains, même s’il n’y a pas de budget pour le développement du sport, on trouve toujours de l’argent pour le foot. D’ailleurs, en réalité, les ministres des Sports sont souvent des ministres du foot. Je pense que le football est l’instrument de l’union africaine : malgré les conflits politiques, les matchs ont lieu entre les pays. Et les décisions de la CAF sont plus respectées que les résolutions de l’UA. Dans les années 50 et 60, un pays africain nouvellement indépendant al lait d’abord à l’ONU, puis à la CAF... Mais, avec l’arrivée du professionnalisme dans les années 90 et l’exode des joueurs en Occident, on a perdu une partie des valeurs africaines. Jouer pour son pays n’a plus de sens, le jeu est devenu purement commercial.

Que pensez-vous de cette « fuite des muscles » ?

Il y a un vrai trafic au départ de l’Afrique. Les parents se saignent aux quatre veines pour envoyer leurs en- fants en Europe et ont souvent affaire à des recruteurs qui sont de véritables escrocs. Les jeunes, une fois sur place, sont abandonnés à leur sort s’ils n’arrivent pas à percer et ils préfèrent errer plutôt que de rentrer au pays. Ils ont trop honte. Mais la honte, c’est cet exode qui existe car l’Afrique ne peut pas garder et former ces jeunes, faute de moyens. Il faudrait que les footballeurs africains qui ont réussi se mobilisent pour leurs pays respectifs, y montent des académies, y investissent dans la formation. En Ethiopie, les athlètes construisent, investissent dans l’immobilier. Les athlètes kényans, eux, sont plus portés sur l’agriculture et achètent des terrains. Les footballeurs touchent cent fois plus que ces athlètes !

Ce manque d’implication des joueurs évoluant à l’étranger se voit même au niveau sportif...

Les équipes africaines sont composées uniquement de joueurs évoluant en Europe. La conséquence, c’est que ça ne sert plus à rien d’avoir un championnat national. Tous les pays africains n’ont pas de joueurs professionnels. C’est pour cela que la CAF a organisé le Championnat d’Afrique des nations, avec les joueurs restés sur le continent. Les deux premières éditions ont eu lieu en Côte d’Ivoire et au Soudan, la troisième aura lieu en 2014 en Afrique du Sud.

Pourquoi n’y a-t-il quasiment pas d’entraîneurs africains ?

Parce que nous n’avons pas confiance en nous. Les Africains pensent encore que les Blancs peuvent faire des miracles. C’est stupide. En raison de ce complexe d’infériorité, quand un local demande des moyens, on ne lui donne rien, on réserve tout aux Blancs.

Que faut-il pour développer le football africain ?

Que chaque pays organise des championnats juniors. Les juniors, c’est la relève ! Il faudrait imposer aux pays qui veulent participer à la CAF d’avoir des championnats junior et féminin. Quand il y aura plus de joueurs et plus de bons joueurs en Afrique, on ne prêtera plus attention à ceux qui jouent à l’étranger. Il y a un manque d’encadrement, de moyens et d’infrastructures. Les clubs africains n’ont pas d’argent, pas de terrains, pas de stades... à quelques exceptions près, comme en Egypte. Autre maladie : les superstitions. Les clubs dépensent des sommes folles pour des gris-gris en tout genre. Avec son niveau d’éducation, comment un ministre peut-il sérieusement croire qu’un marabout soit capable de faire gagner un match ? Et pourtant, les marabouts font partie des délégations sportives... Enfin, dernier obstacle au développement du football sur le continent, la corruption, qui est terrible. A mon époque, notre seule richesse, c’était notre dignité.

 

 

 

 

 

 

 

 
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