CAF : Hayatou ou l'extravagante régression

Afrique - CAF

COMMENTAIRE (Parution dans BOTOLA)

L’EXTRAVAGANTE RÉGRESSION DE LA CAF

C’était en 2002, dans un hôtel parisien, Issa Hayatou flanqué de son bras droit, le Tunisien Slim Alloulou (alors membre du CE de la FIFA avant son exclusion pour corruption), tenait une conférence de presse pour tracer les grandes lignes de son programme. Il était candidat à la présidence de la FIFA contre Joseph Blatter. Nous lui avons alors posé la question suivante : «Si vous êtes élu, allez-vous imposer le non-cumul et la limitation des mandats ?». Sa réponse a été des plus catégoriques : « oui ! Moi, président de la FIFA, il n’y aura pas de cumul et je resterais durant deux mandats.» Il était sur la même ligne que Joseph Blatter qui quatre années auparavant, à Paris toujours, avant le coup d’envoi du Mondial, avait tenu les mêmes propos. Le vent était à la démocratie. Hayatou a été battu. Les africains avaient voté en masse contre lui. Humilié, il avait retenu la leçon. Cette «trahison», il n’allait pas l’oublier. Depuis, au fil des années, la rivalité qui opposait les deux hommes s’est transformée en alliance (1) et le baobab africain s’est mis à triturer les textes. Il s’est taillé un costume sur mesure et s’est entouré d’une équipe dont plusieurs membres ont été accusés de corruption et exclus du monde du football par l’instance internationale. Mais par amitié et aussi par calcul, il les reprenait au sein de la CAF et il coupait toutes les têtes qui tentaient de le déstabiliser. Il tranchait dans le vif. La réussite a été totale.

Mardi, au Caire, lors du renouvellement partiel des membres de la CAF et de la FIFA, l’Ivoirien Jacques Anouma et l’Algérien Raouraoua III ont payé cash leurs ambitions démesurées. Le premier a été battu par un illustre inconnu, le Tunisien Tarek Bouchamaoui qui n’a jamais mis les pieds à la fédération de son pays, mais qui a l’oreille d’Issa Hayatou et, le second a compris que ses cumuls au sein des instances internationales et son arrogance n’étaient plus acceptés au niveau du CE de la CAF. Il a préféré céder sa place à un porte-flingue, le Congolais Constant Omari qui dit tout haut ce que le Camerounais pense tout bas. A l’inverse du président français Charles De Gaulle qui avait fustigé les journalistes par un « Pourquoi voulez-vous qu'à 67 ans, je commence une carrière de dictateur ? », Hayatou à 68 ans. En 2017, malgré la maladie qui l’handicape, il postulera  pour un huitième mandat. Il a imposé à l’assemblée générale réunie au Caire de retirer des statuts de l’instance, la limite d’âge fixée à 70 ans. Il entrera dans l’histoire comme le premier dictateur du football africain. Une bien triste fin de règne pour ceux qui se souviennent que la CAF a été dirigée par des hommes exceptionnels comme le Soudanais Halim, l’Ethiopien Tessema ou encore le Sénégalais Wade. Avec eux, le temps était à la liberté de parole et à la démocratie.

AB. LAHOUARI

(1) Hayatou a été promu numéro 2 et « vice-président senior » de la FIFA après le décès du titulaire de la charge, l’Argentin Julio Grondona.

 
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