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ECO : Lagardère prêt à plomber la CAF (Analyse)

NAZIM BESSOL (BOTOLA)

Après avoir fait tombé Issa Hayatou, le contrat CAF-Lagardère va-t-il emporter l’instance continentale et son gestionnaire Ahmad Ahmad ?

Le 12 juin 2015, la Confédération Africaine de Football (CAF) signait un mémorandum d’entente faisant du groupe français Lagardère Sport l’agence marketing et média pour la commercialisation, au nom de la CAF, des droits des principales compétitions de la CAF jusqu’en 2028, avec un revenu minimum d’un milliard de dollars. Une année après, le contrat définitif était paraphé par les deux parties, un contrat qui n’en finit pas de revenir au-devant de la scène. Dernier fait en date, l’annonce de la résiliation du contrat d’agence avec Lagardère Sport « avec effet immédiat » par la CAF et la montée au créneau du groupe Lagardère par voie de communiqué pour « conteste fermement » cette décision qu›il juge « illégale ». Le groupe français rappelle que « Rien ne saurait justifier une résiliation du contrat », et qu›une enquête en cours de la commission de la concurrence du Comesa (marché commun de l›Afrique orientale et australe) « n›a encore rendu aucune décision ». Enfin, le partenaire historique de la CAF « invite la CAF à revenir au plus vite à une position raisonnable raisonnable et à continuer comme elle à honorer ses engagements ».

L’ECA déclare nul le contrat

La CAF a réagi aussitôt en réfutant la rupture unilatérale et en expliquant dans un long communiqué que : « En 2017, l’Autorité égyptienne de la concurrence (ECA) a constaté que l’accord (noué par la précédente direction de la CAF, ndlr) enfreignait les règles de la concurrence égyptienne… Par la même décision, l’ECA a déclaré l’accord nul et non avenu et a imposé un certain nombre de mesures correctives à la CAF. Ces recours comprenaient l’obligation de résilier immédiatement l’accord et de suspendre ses effets sur le marché égyptien», précise la CAF. Et d’expliquer que la résiliation n’est nullement une « ‘décision unilatérale’, comme cela a été présenté à tort dans le récent communiqué de presse de Lagardère. La résiliation de l’accord est la conséquence juridique de la décision de la Cour, des jugements des tribunaux égyptiens et des recommandations et de la décision imminente du CCC (Commission du Marché commun Afrique de l’Est et du Sud)», justifie l’instance panafricaine.

Les actions plongent à la Bourse

Au milieu de ce qui s’apparente déjà un discours de sourd entre deux anciens partenaires, qui a poussé Arnaud Lagardère, patron du groupe français qui porte son nom et dont le titre a perdu 5,60% de sa valeur à la bourse de Paris (plus forte baisse du SBF 120) après l’annonce de la CAF, a sortir de sa réserve. Il a expliqué ce recule comme « une conséquence de l’éventuelle résiliation du contrat » tout en indiquant que Lagardère Sport, chiffre à environ 10 millions d’euros par an de bénéfice, jusqu’à échéance du contrat (2028). « Nous avons un contrat très solide et nous ferons tout ce qui est nécessaire pour maintenir le contrat ou faire face à davantage de changements ou pour obtenir un montant important en espèce » a ainsi expliqué Arnaud Lagardère. Sans oublier de faire allusion à la mise en vente de la division sport de son groupe dont le principal atout reste les droits de la CAN « Nous sommes sous pression pour mettre en oeuvre la nouvelle stratégie, et nous y parviendrons. Nous le ferons dès que possible, mais nous ne sommes pas obligés de vendre à mauvais prix. » précise le patron français.

Une facture salée

Une manière de mettre la CAF en position défensive pour d’éventuelles négociations et d’expliquer en substance, que si la CAF souhaite se libérer de ses obligations contractuelles, elle devra payer. Et la facture s’annonce salée pour la Confédération Africaine déjà en difficulté financière (bilan déficitaire de 17,7M$) et des prévisions de 6M$ de perte selon le président de la commission des finance et 2e vice-président de la CAF. En l’état actuel des choses, il est clair que la multinationale française n’a absolument rien à perdre. Elle peut mettre un bataillon d’avocat sur le dossier afin d’obliger la CAF lui payer des indemnités comme le rappelle le numéro un du groupe « Nous ferons en sorte que notre voix soit forte et claire afin de protéger les intérêts des actionnaires de notre société. Peu importe ce que ça prend. Nous espérons que nous n’aurons pas besoin de le faire, mais au besoin, nous le ferons. » martelait Arnaud Lagardère.

Qui a décidé à la CAF ?

Le gestionnaire de la CAF, Ahmad Ahmad qui avait dénoncé le contrat dès son arrivée au pouvoir indiquant que « Tout le monde est d’accord que le contrat n’est pas bon et ce n’est une bonne chose pour le football africain. Il doit être revu » engage, une nouvelle fois l’instance dans l’inconnu. Pire, rien dans le communiqué de la CAF, n’indique l’origine de cette décision, s’agit-il du Comité d’urgence ? auquel cas la décision doit être entérinée lors de la prochaine réunion du Comité exécutif à la fin du mois de novembre. Ou bien des conclusions de l’audite commandée au cabinet Price Waterhouse Coopers (PWC) dont le rapport est attendu pour ce mois-ci. Est-ce le cabinet de Fatma Samoura, déléguée générale de la FIFA en Afrique et secrétaire générale de l’instance mondiale, qui a suggéré cette rupture ? Une chose est sûre la commission adhoc (Constant Omari, Hani Abu Rida et de Fawzi Lekjaa) installée pour la renégociation du contrat Lagardère après le changement de format de la CAN et son passage en été, est restée une coquille vide et n’a fourni aucune conclusion. Un processus de prise de décision qui pèsera lourd en cas d’action en justice intentée par Lagardère Sports.

Nazikm Bessol (IN BOTOLA)

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