AfriqueCAFLes Infos

CAF : Motsepe, le profil qui sied à Infantino (Par Nazim Bessol)

Nazim Bessol ( In BOTOLA)

En battant campagne en faveur du Malgache Ahmad Ahmad, en 2017, Gianni Infantino, le président de la FIFA, était loin de s’imaginer vivre pareille situation. Avec quatre candidats déclarés à la présidence de la Confédération Africaine de football (CAF), Augustin Senghor (Sénégal), Ahmed Yahya (Mauritanie), Jacques Anouma (Côte d’Ivoire), Patrice Motsepe (Afrique du Sud) et une réhabilitation temporaire d’Ahmad Ahmad par le TAS-Lausanne – après une suspension de 5 ans par la FIFA–  Gianni Infantino a décidé une nouvelle fois de monter sur le ring. Deux des quatre candidats (Motsepe et Yahya) étant estampillés FIFA.

Quatre ans plus tôt, il pensait faire d’une pierre deux coups : débarquer le Camerounais Issa Hayatou aux affaires de la Confédération Africaine de football (CAF), depuis près de trois décennie (1988), et installer « un homme à lui » à la CAF, l’un des premiers collèges électoraux de la planète football qu’Infantino surveille comme le lait sur le feu. Un mandat plus tard, l’Italo-Suisse fragilisé par une procédure pénale, chez lui, est obligé de reprendre son bâton de pèlerin et faire le tour de plusieurs capitales africaines à bord d’un jet privé immatriculé au Qatar. Le scénario est bien rodé, à chaque étape il est question de discuter officiellement de football et de développement, le tout ponctué par une visite au chef de l’État. Ainsi, le patron du football mondial a été reçu par les Présidents de trois candidats à la présidence de la CAF sur quatre : Mohamed Ould El-Ghazaouani (Mauritanie), Macky Sall (Sénégal) et Cyril Ramaphosa (Afrique du Sud). Le quatrième, Jacques Anouma, présent au même moment au Maroc que Gianni Infantino, a poussé à cocher Abidjan sur son agenda. Un crochet programmé puis reporté, annonce la FIFA sur son site officiel : « Une visite en Côte d’Ivoire était également programmée, mais elle sera décalée à une date ultérieure car la rencontre avec le chef de l’État, le Président Alassane Ouattara, n’a pas pu être mise en place à la date prévue initialement. », indique l’instance de Zurich.

Ahmed Yahya lâché par le Maroc ?

L’une des étapes les plus cruciales demeure sa dernière visite au Maroc, pays hôte de la prochaine Assemblée générale élective, le 12 mars prochain. Le président de la Fédération Royale Marocaine de Football, Fawzi Lekjaa, tient un rôle d’intermédiaire et devait recevoir, au lendemain du départ de Gianni Infantino, les trois candidats de la zone UFOA (Senghor, Yahya et Jacques Anouma) afin de trouver un terrain d’entente pour faire barrage à Patrice Motsepe. Mais, selon notre confrère, Philippe Auclaire, le deuxième vice-président de la CAF, lui-même candidat à un siège au Conseil de la FIFA, n’a pour mission que « d’amener les quatre candidats à la présidence de la CAF à se réunir au Maroc pour accepter de soutenir le candidat préféré de la FIFA, Fabrice Motsepe, en échange de postes de vice-président du Comité exécutif de la CAF», écrit le journaliste français sur son compte Tweeter. Un scénario loin de faire l’unanimité auprès des candidats, mais aussi au-delà. Tout comme le Sud-Africain, Patrice Motsepe, ses trois concurrents de la zone UFOA ont mis en branle la machine diplomatique de leurs pays respectifs.

Ahmed Yahya n’est pas maître de son destin

Ainsi, Ahmed Yahya, annoncé dès le départ comme « le lièvre » du milliardaire Patrice Motsepe, ne voit plus d’un si bon oeil l’hypothèse d’un retrait. Soutenu par le Maroc et reçu à Rabat par les autorités du pays, sa candidature prenait de plus en plus de place. Membre coopté par Ahmad Ahmad au Comité exécutif de la CAF, le Mauritanien serait, en effet, le grand perdant. Dans son pays, selon certaines indiscrétions, le président mauritanien, Mohamed Ould El-Ghazaouani, a clairement signifié à Gianni Infantino que la candidature d’Ahmed Yahya «n’est pas celle d’une personne, mais bien d’un pays, de tout un peuple ». Le retrait avant l’élection risque, donc, de mettre en difficulté, sur le plan interne, le président FFRIM. Ensuite, si Ahmed Yahya venait à jeter l’éponge, il devrait se contenter de son seul statut de président de la FFRIM. Mais aux dernières nouvelles en provenance de Rabat, faute de présidence, le Mauritanien se verrait offrir une promotion et accéderait au
grade de vice-président de l’instance, tout comme le Sénégalais Augustin Senghor. Reste à savoir par quel tour de passe-passe Motsepe, une fois élu, pourrait faire de deux membres, non élus et de plus de la même zone, ses vice-présidents.

Lekjaa – Motsepe, une alliance impossible ?

Fawzi Lekjaa, le faiseur de roi depuis Ahmad Ahmad, n’a jamais caché son soutien à son collègue mauritanien depuis le début de la campagne. Il a même effectué plusieurs déplacements en jet privé avec Ahmed Yahya et ce dernier s’est rendu à plusieurs reprise au Maroc, ces derniers mois. Mais la mission assignée par Gianni Infantino à Fawzi Lekjaa, candidat à un siège au Conseil de la FIFA, s’annonce des plus compliquées. Le président de la FRMF doit convaincre les trois autres candidats et faire en sorte que Patrice Motsepe se présente seul à la présidence de la CAF, le 12 mars prochain. Une hypothèse qui a eu l’effet d’une bombe en Afrique de l’Ouest notamment, au point où beaucoup souhaitent voir, Ahmad Ahmad blanchi par le TAS, le 2 mars prochain, revenir dans la course à la présidence. Le scénario d’un soutien de Fawzi Lekjaa, donc du Maroc à Patrice Motsepe, évoqué par Philipe Auclaire, n’est pas si impensable qu’il ne puisse paraître de prime abord. Surtout que deux proches collaborateurs de Gianni Infantino sont annoncés de nouveau à Rabat, après avoir quitté la capitale marocaine en compagnie du président de la FIFA. Ils auraient, selon certaines indiscrétions, pris part aux discussions de Lekjaa avec Augustin Senghor et Ahmed Yahya,

Un deal à 1 Milliard de dollars

Malgré les divergences diplomatiques entre l’Afrique du Sud et le Maroc, notamment sur la question du Sahara occidental, les deux pays ne sont pas en rupture. Et le candidat Patrice Motsepe, président du Mamelodi Sundowns, n’est pas un inconnu au Maroc. Le milliardaire sud-africain a racheté, en 2018, à Moulay Hafid Alamy, un homme du Makhzen, la première compagnie d’assurance du royaume, Saham Finances. Un deal à 1 milliard de dollars, la plus grosse transaction du continent cette année. Une vente autorisée, voire facilitée par les autorités marocaines, alors que plusieurs opérateurs étrangers avaient dû renoncer à plusieurs projets, notamment dans le secteur de l’assurance, selon les médias marocains. Un réalisme dans les affaires dont pourrait, donc, faire preuve Fawzi Lekjaa, si le palais, qui n’a pas abandonné l’idée d’organiser la Coupe du Monde, considère que la présence du président de la FRMF au Conseil de la FIFA et le soutien à Patrice Motsepe sont plus porteurs que celui déjà offert à Ahmed Yahya.

Le niet de Senghor et d’Anouma

L’idée d’ouvrir un boulevard au Sud-Africain, Patrice Motsepe, indispose, aussi, au plus haut point, les deux autres candidats. Augustin Senghor tout comme Jacques Anouma ne seraient pas du tout sur la même longueur d’onde que « la maison-mère », la FIFA. Selon les proches du Sénégalais, le retrait en faveur de Patrice Motsepe est « impossible, c’est une décision qui ne lui appartient pas ! C’est la candidature du Sénégal, portée et appuyée par les plus hautes autorités du pays », nous confie un proche du président de la FSF. Et de poursuivre « Le président Senghor est en campagne et il n’est pas seul. Deux ministres de la République ainsi que le Secrétaire général adjoint du Comité Olympique Sénégalais sillonnent le continent », précise notre interlocuteur. « Si Senghor doit se retirer, ce n’est qu’après avoir reçu le feu vert des autorités et croyez- moi, le Sénégal est loin de lui demander de se retirer, surtout si cela doit se faire au détriment de Jacques Anouma». Le double jeu de Fawzi Lekjaa n’est que très peu apprécié par le candidat sénégalais, alors que le président de la Commission des finances de la CAF a pesé de tout son poids pour que le représentant sénégalais dépose sa candidature après la suspension d’Ahmad Ahmad.

La Côte d’Ivoire, puissance régionale

Pour ce qui est de Jacques Anouma, qui serait le grand perdant du deal de Rabat, « il ne se retirera pas ! », nous lance un membre de son staff. « Il a commencé sa campagne un peu en retard pour des raisons qui ne dépendent pas de lui, mais il va aller jusqu’au bout », nous indique notre interlocuteur. La Côte d’Ivoire, puissance régionale, a aussi mis les moyens de l’État au service de son candidat. L’Ivoirien a, d’ailleurs, été reçu, en compagnie d’Augustin Senghor, par le Président sénégalais, Macky Sall, il y a quelques semaines. Ce dernier leur avait rappelé la profondeur des liens entre les deux pays et la relation personnelle qu’il entretient avec « son grand frère » Alassane Ouattara. Le dernier mandat d’Ahmad Ahmad, qui a clivé la CAF, continue de produire ses effets. Si certains voient en cette multiplication des candidatures la preuve « d’une bonne santé démocratique», l’absence de débat sur les questions essentielles, les programmes et les tractations, pour faire barrage aux uns et aux autres, laissent perplexes. A deux semaines du scrutin, les choses vont certainement encore bouger et le voile ne sera levé qu’au soir du 12 mars 2021.
NAZIM BESSOL

Fermer

Adblock détecté

S'il vous plaît envisager de nous soutenir en désactivant votre bloqueur de publicité