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CAF : Le dernier sacrifice avant l’offrande (Nazim Bessol)

Nazim Bessol

La Confédération Africaine de Football (CAF) est-elle maudite au point de sacrifier ses enfants ? En quatre ans,
elle est passée d’une grande instance continentale, avec ses qualités et ses défauts, à une arène où tout y trouve sa place, sauf le bon sens. Les arrangements entre amis, les coups bas, la violence… même les alliances contre nature y sont. Or, si la politique est art, le football demeure un sport, une école de la vie, particulièrement lorsqu’il concerne les enfants. En Afrique, le ballon rond cherche encore à rattraper son retard et muer en une industrie viable et pérenne. Un chantier que le nouveau président de la CAF (?), Patrice Motsepe, a accepté volontiers d’assumer, alors qu’à la veille de son intronisation, le signal envoyé par l’équipe « à moitié sortante » est plus qu’inquiétant.

L’annulation de la CAN U17, cinq jours avant le coup d’envoi, est tout simplement inacceptable ! Rien, absolument rien ! ne peut justifier une telle décision. Elle n’est acceptable ni sportivement ni économiquement ni éthiquement et encore moins psychologiquement pour des adolescents. Ils ont tout sacrifié jusqu’à leur scolarité, durant l’une des périodes les plus compliquées de l’humanité. Et au moment où l’ensemble des candidats annoncés à la présidence de la CAF plaçaient le développement du football sur le continent comme la priorité des priorités, la décision prise, lundi soir, contre nos enfants qui constituent l’avenir du continent est un crime.

Un crime contre une génération de jeunes dont certains viennent des quatre coins de la planète. Un crime contre le continent qui peine à produire des joueurs de qualité ou à s’adjuger les services des meilleurs lorsqu’ils évoluent à l’étranger. Un crime contre les Associations membres qui ont consenti des efforts, notamment financiers importants pour hisser leur U17 parmi le gotha continental, pour ensuite se voir proposer un remboursement des frais engagés pour leur déplacement et leur séjour. (Comme si que la CANse préparait la veille du coup d’envoi !) Un crime contre le travail des milliers de techniciens, souvent dans l’anonymat, qui ne comptent plus les heures, en encadrant les pépites de demain et veillant à en « sauver » quelques-unes.

Le Comité d’urgence de la CAF, présidé par Constant Omari, redevenu président de la CAF par intérim, a tranché dans le vif et décidé souverainement que la compétition n’aura pas lieu. Il cite comme exemple « l’annulation par la FIFA de la Coupe du Monde des moins de 17 ans dont la CAN U-17 n’était plus qualificative » après avoir constaté « la résurgence de la pandémie de Covid-19, l’alourdissement des restrictions sur les voyages internationaux, l’incertitude sur l’évolution de la situation ». Pas un mot sur le fait que le Maroc et la Fédération Royale Marocaine (FRMF) n’en soient pas à leur première. En 2015, n’avaient-ils pas décidé de se retirer de l’organisation de la CAN dans les ultimes semaines pour cause d’Ebola, alors que leur compagnie
nationale sillonnait le continent en pleine pandémie ?

Plus encore, pas un mot sur le fait que l’édition 2021, initialement prévue en juillet, ait été avancée à mars afin « d’y caser » les élections de la CAF, alors que le spectre d’une candidature du Tunisien Tarek Bouchemaoui était présent. La menace écartée et les différents sièges, dont celui de Fawzi Lekjaa au Conseil de la FIFA, verrouillés, après le protocole de Rabat, le développement, la Jeunesse, l’avenir … tout ça peut attendre. Aujourd’hui, la gifle infligée au football africain est d’autant plus violente que le Maroc se débarrasse de la CAN U17, en faisant porter le chapeau à la CAF. Pourtant, la Mauritanie a bel et bien organisé la CAN U20, même si le Mondial de la catégorie a été également annulé.

A l’évidence, l’aspect sanitaire évoqué tient à peine la route, puisque la tendance est à l’amélioration au Maroc et le maintien de l’Assemblée Générale Élective, ce vendredi, en est la meilleure preuve. La dernière décision du Comité d’Urgence de la CAF, d’un point strictement statutaire, devrait être validée par le prochain Comex ! D’ici là, elle restera pour l’Histoire la dernière décision scélérate d’une mandature à mettre aux oubliettes… à moins d’une intervention de la FIFA, comme elle l’avait fait pour sauver la CAN féminine !

NAZIM BESSOL

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