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CAF : La trahison du ministre-cumulard Lekjaa, d’Abu Hani et Sangaré (Nazim Bessol)

Nazim Bessol

L’indignation a été générale sur notre continent à l’annonce de la prise de position assumée contre les intérêts du football africain et la CAN, par trois membres du Comité exécutif de la CAF. Le ministre-cumulard marocain du Budget et président de la Fédération Royale Marocaine de football, Fawzi Lekjaâ, son collègue au Conseil de la FIFA, l’Égyptien Hani Abu Rida, et le Burkinabé Sita Sangaré. Les trois élus, dont les deux derniers sans mandat dans leurs pays respectifs, ont soutenu la proposition portée par la FIFA et son président, Gianni Infantino, de reporter la CAN 2021 (du 9 janvier au 6 février 2022), au Cameroun, à une date ultérieure. Une proposition rejetée finalement par une large majorité du Comité exécutif de la CAF, réunie par visioconférence.

Un sursaut d’orgueil des délégués africains, porteur d’espoir face à la volonté affichée de la FIFA de régler son contentieux avec l’UEFA sur le dos de l’Afrique. La prise de position de Fawzi Lekjaâ, Sita Sangaré et Hani Abu Rida a également suscité une levée de bouclier et un rejet unanime de plusieurs observateurs et des internautes africains qui n’ont pas hésité à évoquer une trahison. Mieux, la Fédération du Burkina Faso, présidée par Lazare Banssé, s’est carrément démarquée de la position de son ancien président qui siège au Comex de la CAF sous pavillon burkinabé. Dans un communiqué publié dans la journée de mardi, la FBF rappelle que : «Monsieur Sita Sangaré, ancien président de la Fédération Burkinabè de Football et membre du Comité exécutif de la CAF, se serait prononcé pour un report de la CAN au Cameroun».

La FB indique qu’elle n’est nullement solidaire de cette prise de position « La Fédération Burkinabè de Football n’est associée d’aucune manière à cette prise de position qui n’engage que son auteur. Par conséquent, elle tient à se démarquer de manière ferme et résolue d’un report de la CAN Cameroun 2021». Autre réaction suscitée par le soutien apporté par les trois délégués africains à la proposition de la FIFA, ou son souhait de voir la compétition reportée, celle du tout nouveau président de la Fédération camerounaise de football (FECAFOOT), Samuel Eto’o. L’ex-star du FC Barcelone, fraîchement élu à une large majorité contre le candidat de la FIFA, Seidou Mbombo Njoya, bombardé 4e vice-président de la CAF, en mars dernier malgré l’annulation de son élection par le TAS, n’a pas mâché ses mots.

Dans une interview accordée à Canal+ Horizons, la légende africaine, meilleur buteur de l’histoire de la CAN, est revenu sur ce triste épisode et regretté que l’Afrique soit une nouvelle fois trahie par ses enfants «on est en train de nous dire, comme on nous a toujours traités, nous sommes des moins que rien, alors nous devons subir. Qu’on nous dise clairement les choses. Mais ce qu’il y a de difficile dans cette façon de faire, c’est que certains Africains sont encore complices», a tonné Samuel Eto’o. Il n’a pas manqué de rappeler que désormais, la Fédération qu’il préside «défendra avec la dernière énergie la tenue de cette Coupe d’Afrique », a prévenu le champion d’Afrique 2000 et 2002. (A ce sujet, lire l’article de BOTOLA sous le titre : Motsepe, un discours à la Mandela.) Pour les spécialistes du football africain, la prise de position de Lekjaâ, Abu Rida, et Sangaré ne constitue guère une surprise. Sita Sangaré n’est plus président de la Fédération, mais siège au Comex de la CAF, tout comme le Camerounais Seidou Mbombo Njoya, à qui la FIFA a offert ce siège afin de le « protéger et lui donner un coup de main en interne », comme le disait à BOTOLA un responsable de la CAF, en janvier dernier. Lekjaâ et Abu Rida sont tous deux concernés par l’histoire de la Oumra accordée par l’ex-président de la CAF, Ahmad Ahmad, et qui a conduit à sa chute. L’Égyptien n’aurait même pas dû franchir l’étape du contrôle de la Commission de gouvernance de la FIFA. Il dispose d’un dossier au niveau de la Commission d’éthique de la FIFA, relative à son élection au CE de la FIFA, en 2017. Il avait touché une double rémunération FIFA et CAF lors de la Coupe du monde 2018, en Russie.

Le cas du ministre délégué du roi, Fawzi Lekjaâ, est encore plus sidérant. Sa main mise sur la CAF, notamment durant les années Ahmad Ahmad, en a fait le véritable patron de l’instance. Au point d’agresser physiquement l’arbitre éthiopien, Bamlak Tessema, lors du match de son équipe, le RS Berkane, sans être inquiété, malgré un communiqué de protestation de la Fédération éthiopienne de football. L’accusation portée par la FIFA contre son ancien patron, Ahmad Ahamd, pour gestion déloyale, aurait dû lui être appliquée puisqu’il était et demeure toujours le patron de la Commission des finances qui, d’année en année, annonce des déficits de plus en plus gros. Enfin, sa récente nomination dans le gouvernement Aziz Akhannouch et le cumul de fonction incompatible avec l’esprit des statuts de la FIFA et du CIO.

Malgré les protestations de quelques Fédérations nationales, Lekjaâ conserve toujours son siège au Conseil de la FIFA et au Comex de la CAF, malgré la jurisprudence Moutko. Une faveur que le Marocain ne doit surtout pas oublier. Après avoir consenti à témoigner contre son ami et ancien président, Ahmad Ahmad, le voici porter son soutien à la feuille de route de la FIFA, quitte à ce qu’elle soit contre les intérêts du football africain et de sa jeunesse. C’est là, le prix de l’allégeance ! – NAZIM BESSOL

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