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CAF : Ahmad engage un bras de fer avec l’Egypte

Par Nazim Bessol

Après avoir décapité le « head management » de l’instance panafricaine en procédant à de multiples licenciements (Amr Fahmy, secrétaire général, Mohamed El Sherei, directeur des finances, le directeur marketing Amro Shaeen…) remanié partiellement son comité exécutif en offrant la vice-présidence à Constant Omari, en remplacement du Nigérian Amaju Pinnick, la seconde vice-présidence à son ami Fawzi Lekjaa et récupérer le Sud-Africain Danny Jordaan, nommé 3e vice-président. Voici que Ahmad Ahmad s’attaque frontalement à l’Etat égyptien et non plus seulement à ses nationaux, employés de la CAF. Le successeur de Issa Hayatou, doit en effet, négocier l’accord du siège, implanté depuis la création de la CAF (1957) au Caire. Un accord arrivé à échéance en 2017 et qui doit naturellement être renégocié

Flashback

Si la CAF peut aujourd’hui recevoir ses invités de prestige et tenir ses réunions dans le flamboyant et confortable siège du 6 octobre, ce n’est que par la grâce de dirigeants visionnaires et au soutien de l’Etat égyptien. Un soutien et une aide ininterrompue durant la longue marche de l’institution que le successeur d’Issa Hayatou, s’apprête aujourd’hui à remettre en cause, au nom d’une aisance financière et d’une volonté manifeste et assumée d’obtenir du pays hôte un statut diplomatique ! A quels desseins ? Seul Ahmad et les instigateurs de cette démarche peuvent répondre. En bon Africain comme il s’acharne à chaque fois à le répéter, Ahmad devrait se remémorer ou consulter les archives de la CAF, à sa disposition pour s’imprégner de l’histoire du siège de l’instance qu’il dirige. Il apprendrait par exemple que la CAF, à sa création ne bénéficiait que d’un tout petit bureau à l’intérieur même du siège de l’ancienne Fédération égyptienne de football et que les cotisations des pays membres étaient quasi nulles. Et qu’au nom de l’amitié, solidarité et de l’entraide africaine comme il l’a récemment écrit à son prédécesseur pour l’inviter à assister à la finale de la CAN, c’est le Comité olympique égyptien qui versait une certaine somme d’argent à la CAF. Une aide mise sur un compte sous séquestre par Mourad Fahmy, le père et grand-père des deux anciens secrétaires généraux, qu’il a chassé pour le premier et empêché d’assister aux travaux de la dernière Assemblée générale, pour le second, malgré son statut de membre d’honneur ! Une épargne perpétuée et bonifiée par la suite, par Mustapha Fahmy qui succède à son père au secrétariat général de la CAF. C’est grâce à cet argent et les intérêts générés que Mustapha Fahmy a acquis le premier siège à Zamalek en face de la Fédération égyptienne. C’étaient principalement des fonds égyptiens. Quand Issa Hayatou est arrivé à la tête de la CAF, il a décidé de construire un nouveau siège digne de l’instance qu’il présidait et le statut qui va avec. En bon Africain, Ahmad ne doit pas non plus avoir la mémoire courte et occulté que l’Etat égyptien avait alors consenti plusieurs exonérations, notamment en matière de taxes douanières pour tout ce qui était nécessaire (principalement les matériaux de constructions importés et les équipements) à la construction du nouveau siège. L’Egypte a consenti aussi à offrir une protection et il y avait un aménagement pour le président dans l’accord de siège. Mais la CAF n’avait pas le statut d’organisation internationale au sens des agences des Nations unies par exemple même si les exonérations ont été maintenues. Enfin, il est utile de rappeler que le terrain sur lequel s’érige le bâtiment de la CAF est une donation du gouvernement égyptien. Et que le siège de la CAF faisait partie d’un plan d’urbanisation de ce qui est actuellement devenu la Cité du 6 Octobre et c’est comme ça qu’on a demandé à la CAF, d’aller construire son siège.

Traitement de faveur et immunité diplomatique

Echaudé par son interpellation par la police française à Paris, le 6 juin dernier, dans le cadre d’une enquête, toujours en cours, de corruption et de blanchiment, Ahmad souhaite forcer la main à l’Égypte. Il veut voir le pays lui octroyer ainsi qu’à ses vice-présidents le statut de diplomate et la protection qui va avec. Une demande noyée à l’intérieur d’exigences relatives aux employés de la CAF, qui sont soumis aux mêmes règles que l’ensemble des travailleurs étrangers présents en Egypte en matière de permis de travail et de taxes. En référence à cette situation, Ahmad n’a pas hésité à lancer des menaces à peine voilées à l’Egypte « Tant que l’Egypte ne nous donne pas cet accord de siège, tout ce que je vous ai annoncé reste un vain mot et tout peut arriver. » a-til affirmé jeudi dernier lors de son discours devant l’Assemblée générale de la CAF, en présence de Gianni Infantino, président de la FIFA. Il n’a pas hésité à mettre la responsabilité de son arrestation à Paris sur le dos du pays des pharaons et d’encenser presque, la France au passage ! «…J’en veux pour preuve ce qui s’est passé à Paris et qui pour moi est une conséquence directe de cette situation. Je ne reprocherais jamais à la France d’avoir entamé cette action bien au contraire, cela a permis d’avoir des explications justes sur ce que nous vivons. Parce que on ne sait pas à qui s’adresser, on n’a pas de réponse sur ce que nous demandons. » conclut-il sur ce chapitre.

La cinglante réponse de Abu Rida et de Amr Fahmy

Devant l’audace et les flèches lancées au visage du ministre égyptien des Sports présent en marge des travaux de la 41e Assemblée général de la CAF, le président démissionnaire de la Fédération égyptienne de football et membre du Conseil de la FIFA, Hani Abu Rida, n’est pas resté les bras croisés. Il a immédiatement pris la parole devant la même assistance pour recadrer son «président ». Il a tenu à rappeler que l’Égypte, aujourd’hui pointée du doigt par Ahmad Ahmad, a été non seulement partie prenante lors de la création de la CAF, mais surtout n’a jamais tourné le dos à cette instance. Une histoire commune que Ahmad Ahmad ne devrait cependant pas mettre en péril par des exigences nouvelles et démesurées. « L’Egypte accueille le siège de la CAF depuis sa création en 1957. J’ai toujours veillé à ce que l’accord de siège soit le meilleur. Et je confirme que sur cette question, la CAF jouit d’avantages qu’aucun siège d’aucune instance sur tous les continents, y compris la FIFA, n’ont eu. Mais, il y a de nouvelles demandes et exigences de la CAF, comme celles relatives à l’immunité diplomatique de certains employés de la CAF exemple, au même titre qu’un ambassadeur ou une représentation diplomatique. » lance le membre du Conseil de la FIFA et du comité exécutif de la CAF.

Nazim Bessol ( In Botola)

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