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ALG : Zetchi raconte son 19 juillet

NAZIM BESSOL (IN BOTOLA)

Le 19 juillet 2019 a marqué à jamais le président de la FAF, Kheïreddine Zetchi, l’homme que tout le continent africain nous envie. Sa réussite est insolite. Avant de prendre les rênes du football national, le Ankaoui de Hydra a réussi dans les affaires sans passer par les issabistes, puis il a créé le Paradou FC, une académie du football qui en, une dizaine d’années, est devenu le principal pourvoyeur des clubs algériens. Il est le seul à exporter des joueurs à l’étranger à l’image des Bensebaini, Atal, Boudaoui. BOTOLA l’a rencontré en exclusivité pour lui demander son 19 juillet 2019. Il y répond avec beaucoup de trémolos dans la voix. Voici quelques extraits de l’entretien exclusif réalisé par NAZIM BESSOL

Cette finale est le bout du bout en terre égyptienne. Parlez-nous de cette fameuse journée du 19 juillet, le jour de la finale.

Pour commencer, je vous dirai qu’on passe une nuit difficile, on dort très peu, parce que la tension nerveuse est à son paroxysme. Automatiquement ce n’est pas une nuit normale et pleine qu’on passe . On commence à cogiter et à réfléchir : au sacre, la possibilité de perdre, parce que après tout c’est une finale est tout peut arriver. Ensuite, on essaye de penser à tout, de tout anticiper et je peux vous dire que la checklist est interminable. On pense à l’Algérie, à ce qui se passe chez soi… Au final, le jour se lève et on se réveille sans avoir beaucoup dormi mais avec une certaine fraîcheur physique, celle que procure encore une fois, la tension nerveuse.

Et, on peut dire que le soleil s’est levé depuis longtemps sur le Caire et la finale se dessine …

Oui, effectivement. On descend, on prend possession des lieux de nos quartiers communs et on se met au travail. Concrètement le
petit déjà était fixé par exemple entre 8h et 10h, c’était le moment de voir tout le monde, on discute avec l’un, on rigole avec l’autre, on prend des nouvelles de tout le monde et prenant le temps de savoir comment tout le monde va après cette nuit. La vérité c’est que la gestion du groupe était parfaitement réglée par Djamel, avec toutes les réunions qui devaient avoir lieu. C’était réglé comme du papier à musique et pour cette finale, je dirai que rien n’a changé, il s’agissait de préparer un match, même si c’était une finale.

Et pendant ce temps, que faites-vous ?

Nous concernant, tout comme Djamel et son staff, nous avons préparé et veillé à ce que les protocoles mis en place, durant tout le tournoi et même avant, soit déployés avec toute la rigueur nécessaire. Nous avions la responsabilité logistique, organisationnelle, on pensait aussi aux milliers de supporters venus soutenir cette équipe et à qui il fallait garantir l’accès au stade et offrir donc des tickets. Beaucoup d’ailleurs, ont fait le déplacement jusqu’à notre hôtel pour avoir le précieux sésame. Une opération réussie grâce à l’apport et la collaboration avec les équipes du Ministère de la Jeunesse et des Sports. Personnellement, j’essayais d’être au four et au moulin, c’était ma manière d’évacuer la pression. On vérifie encore et encore si les choses ont bien été faites, notamment avec le staff logistique. Il fallait aussi répondre au téléphone, puisque les sollicitations étaient nombreuses et permanentes.

Vient alors le moment du départ au stade…

A l’issue du déjeuner chacun rejoint sa chambre pour essayer de se reposer un peu, la soirée risque d’être longue. Mais, il est impossible de siester. C’est tout juste si on peut se relaxer dans son lit. C’est le moment une nouvelle fois, de beaucoup de réflexion et d’interrogations. On essaye de lire, de s’informer, de voir ce que les médias racontent ou annoncent, de glaner la moindre information susceptible de nous intéresser. Vient l’heure du départ. Il y a bien évidement le départ de toute la logistique de l’équipe qui rejoint le stade 2 ou 3 heures avant le match. Ils inspectent le vestiaire, le préparent et organisent tous les espaces nécessaires pour mettre l’équipe dans son environnement habituel. Il s’agit là d’un rituel normal.

Et vous, à quoi pensez-vous, en ce moment précis

Personnellement que je ne pense qu’au coup de sifflet final et voir comment on peut réagir, on s’imagine remporter cette Coupe, j’essaye d’imagine ma réaction, celle des joueurs, le staff… Mais on est aussi obligés de penser à l’éventualité d’une défaite. On joue quand même contre le Sénégal, c’est le deuxième match face à cette équipe, les données sont différentes, chacun dispose de plus d’informations sur l’autre, notre adversaire est une grande cylindrée du continent avec de grands joueurs à l’image de Mané. Quelque part on appréhende, même si on sait qu’on était très forts notamment durant cette Coupe d’Afrique, mais le fait est que c’était une opposition entre les deux meilleures équipes africaines. Il ne faut pas se mentir, on a aussi peur de perdre, c’est une éventualité qu’il ne faut pas écarter, car ça reste un match de football, plus encore, une finale. On essaye donc de faire le vide durant ce trajet et les deux heures qui nous séparent du coup d’envoi.

On revient encore à vous, que faites-vous à ce moment là ?

J’accompagne toujours les joueurs aux vestiaires, c’est un rituel que je ne manque jamais. Je rentre dans le vestiaire pour voir si tout va bien, je m’assure qu’ils ne manqueront de rien. Je reste jusqu’au moment où l’arbitre intervient, en général c’est 20 minutes avant le match, alors je rejoins la tribune officielle. C’est ainsi que je vis tous les matchs, j’aime bien rester là jusqu’au dernier moment. Je ne reste pas à l’intérieur du vestiaire, car je respecte cet endroit, il appartient aux joueurs et au staff. Mais je suis toujours à côté pour regarder ce qu’il y a lieu de faire ou
intervenir, le cas échéant. C’est un peu notre mission.

On vous voyait régulièrement avec cette chemise blanche, à l’image d’un Hervé Renard qui en a fait sa chemise fétiche, lors de ses deux sacres (2012 et 2015)

Comme je vous l’ai dit au début, durant ces moment très forts en émotions, la rationalité, prend un sacré coup. Vous vous retrouvez
plongé dans une autre dimension. Et c’est ce qui est arrivé avec cette chemise blanche, je pense. J’ai pris l’habitude de la mettre, car elle correspondait au climat de l’Égypte. Au fur et à mesure des matchs, on refuse alors de changer les habitudes et une forme de superstition est née et j’ai continué à la mettre lors des matchs.

Début du match, l’hymne national est entonné …

Il s’agit d’un moment très chargé en émotion. J’avais les larmes aux yeux. Quand on entend cet hymne retentir dans ce beau stade du Caire. Quand on entend nos supporters l’entonner, c’est tout simplement quelque chose d’unique, de magique.

Les minutes passent, passent, passent …

Oui, mais elles deviennent vraiment interminables. Je tente de sortir de ce cycle infernal du stress. Et croyez-moi, jusqu’à présent je ne sais pas combien l’arbitre a donné de temps additionnel, mais par contre je peux vous dire que j’ai l’impression que ça a duré une éternité. Le sacre est au bout de quelques poignées de secondes, mais qui peuvent être fatales et virer au cauchemar. On avait cette petite avance qu’il fallait préserver coûte que coûte, suffisante pour soulever la Coupe, mais tellement infime dans ces moments. On n’était pas à l’abri d’une faute, d’un corner, un ballon dévié qui va au fond… Ce sont des moments où on n’est plus maître de soi-même, on ne s’appartient plus. On est vraiment dans une autre dimension. L’arbitre délivre l’Algérie, c’est fait on est champion. Mahrez m’offre le trophée, je l’embrasse et je pense à ma famille
et les sacrifices qu’elle a consentis pour que je puisse vivre ma passion : le football.
-NTERVIEW RÉALISÉ PAR NAZIM BESSOL

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