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ALG : Le ministre marocain Lekjaa et la jurisprudence Moutko (Nazim Bessol)

Nazim Bessol (IN BOTOLA)

Le président de la Fédération royale marocaine (FRMF), Fawzi Lekjaa, membre du Conseil de la FIFA et du Comité exécutif de la CAF, nommé ministre délégué auprès du ministre de l’Économie et des Finances, chargé du Budget, Nadia Fettah, doit-il quitter ses mandats de dirigeants du football ? Si l’on se réfère aux statuts de la FIFA (article 2 neutralité politique et religieuse) et l’art 14 du Code de l’éthique de cette dernière (devoir de neutralité) et de la jurisprudence, Vitali Moutko, la réponse ne peut être que par l’affirmatif. Ex-ministre des Sports entre 2008 et 2016, Vitali Moutko devient vice-président du gouvernement de la Russie de 2016 à 2020 et préside le Comité d’organisation de la Coupe du Monde 2018, en Russie, tout en siégeant au Conseil de la FIFA, depuis 2009.

En 2017, il brigue un nouveau mandat à l’exécutif de l’instance zurichoise, mais sa candidature est rejetée par le Comité de gouvernance de la FIFA. L’organe de contrôle de la FIFA avait motivé sa décision par le souci de préserver la « neutralité politique et de prévention d’ingérence gouvernementale », expliquait une source de la FIFA, citée par l’AFP à l’époque, tout en indiquant que Vitali Moutko avait été déclaré inéligible au Conseil de la FIFA « en raison du poste de vice-Premier ministre qu’il occupe et des risques d’interférence et de conflit d’intérêt possible au regard du statut de la FIFA et de l’art 14 du Code d’éthique ». Ce qu’avait confirmé le site officiel de la FIFA, assurant que la candidature de Vitali Moutko « n’a pas été admise comme candidat à un poste de membre du Conseil de la FIFA en raison de sa fonction de vice-Premier ministre. »

Contacté par Botola, un haut responsable du football mondial évoque immédiatement la jurisprudence Vitali Moutko. « L’esprit de la bonne gouvernance, qu’elle soit écrite ou pas, peut laisser penser à un retrait de Lekjaa du monde du football. Vitali Moutko a été déclaré inéligible, en 2017, afin de garantir la neutralité politique. Faut-il être ministre candidat pour être empêché ou faut-il démissionner lorsqu’on le devient? Cette question doit être tranchée, encore une fois, selon les principes et l’esprit de la bonne gouvernance. », nous explique notre interlocuteur sous couvert d’anonymat. Reste à savoir comment va réagir la FIFA et son Comité de gouvernance à cette nomination au moment où l’on évoque l’existence d’un deal entre Fawzi Lekjaa et le parton du
football mondial, Gianni Infantino.

Ce dernier a vite fait envoyé une lettre de félicitation au président de la FRMF, une correspondance rapidement exhibée comme un soutien indéfectible de l’Italo-Suisse au Marocain. Une version atténuée par notre source       « non, la lettre de Gianni Infantino est purement protocolaire après une telle nomination. Elle ne veut rien dire d’autre », nous explique notre interlocuteur. Mais les interrogations subsistent quant à l’indépendance réelle que la Commission de gouvernance qui, lors des dernières élections de la CAF, a validé des candidatures plus contestables, notamment celles de l’Égyptien, Hani Abu Rida, et du Mauritanien, Ahmed Yahya, tous deux bénéficiaires d’une Omra offerte par l’ancien président de la CAF, Ahmad Ahmad, suspendu par la FIFA, justement, pour avoir offert un voyage à la Mecque aux présidents de Fédérations musulmans.

Mieux, cette même Commission avait validé, en 2017, la candidature du Malgache à la présidence de la CAF, alors qu’il était sénateur dans son pays ! Dans le jeu d’influence auquel se livre le Maroc au niveau du football mondial et continental, et selon les dernières annonces du Ministre de la Jeunesse et des Sports Algérien, Abderrezzak Sebgag, et l’intense activité diplomatique de Ramtan Lamamra, le maintien de Fawzi Lekjaa au Conseil de la FIFA et au Comex de la CAF risque de se heurter à une contestation de la FAF au niveau du TAS Lausanne ! Et pas seulement. En Afrique et dans le monde, des dirigeants appellent déjà au strict respect des règlements. Affaire à suivre.

NAZIM BESSOL

LE + D’INFOS
En 1988, à la suite du décès du président de la CAF, l’Éthiopien Ydnekatchew Tessema (1986), le Gambien Omar Sey devait lui succéder. Membre du Bureau exécutif de l’instance continentale, il a été obligé de retirer sa candidature ayant été promu dans son pays au poste de ministre des Affaires étrangères. Et c’est Issa Hayatou qui a été élu, au Maroc, à la tête de la CAF.- RS

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