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AFR : La Super Ligue est au football ce que le gaz de schiste est au pétrole ! (N.Bessol)

Nazim Bessol

Berceau du football, l’Europe et plus précisément l’Angleterre s’est énergiquement opposée au projet d’une Super Ligue européenne, une compétition longtemps dans les cartons et que 12 clubs, les plus riches, ont tenté de mettre en place à la veille de la finale de la prestigieuse Ligue des champions 2021. Une condamnation quasi-unanime de l’UEFA et son patron, Aleksander Ceferin, mais aussi des clubs, des opinions publiques et des supporters… Une levée de bouclier qui a obligé le patron du football mondial, Giani Infantino, à prendre position, lui aussi et, donc, la Fédération internationale de football association (FIFA), de façon officielle contre un tel projet.

Et quel meilleur endroit pour afficher une solidarité, même de « façade » avec son vice-président, Aleksander Ceferin, que le congrès de l’UEFA. Mardi 20 avril dernier, le président de la FIFA a été très clair, la Super Ligue européenne est un projet que la FIFA « désapprouve fermement », ses initiateurs « devront subir les conséquences », annonçait Gianni Infantino devant les délégués européens, soulagés par cette prise de position officielle. Des paroles qui ont définitivement, ou du moins momentanément, scellé le sort de la Super Ligue telle qu’imaginée par le Real Madrid, le Milan AC, Manchester United… Mais face à cette prise de position saupoudrée aussi d’opportunisme, une autre réalité se dessine.

Bien loin des capitales européennes et des luttes d’influence, valorisées à plusieurs milliards, la réalité africaine est tout autre. Une réalité avec laquelle le président de la FIFA veut « jouer », puisque c’est bien là que le projet de Super Ligue a trouvé refuge. En 2019 déjà, en marge du 80ème anniversaire du TP Mazembe, Gianni Infantino avait semé les premières graines de cette nouvelle compétition. « Nous devons prendre les 20 meilleurs clubs africains et les mettre dans une Ligue africaine », avait déclaré le président de la FIFA. Une position aux antipodes de celle affichée, deux ans plus tard à Nyon, au siège de l’UEFA. Ce qui explique peut-être le choix des mots, puisque devant les délégués européens, majoritairement opposés à la Super Ligue, l’Italo-Suisse avait évoqué un projet « dissident des institutions existantes ».

La parade a vite été trouvée. Le président de la Confédération Africaine de Football (CAF), propriétaire de club Mamelodie Sundowns, l’homme d’affaires, Patrice Motsepe, a accepté de servir de cobaye. Son Comité exécutif de l’instance panafricaine a non seulement validé, samedi à Casablanca, l’idée d’une ligue fermée, mais il a aussi chargé son deuxième vice-président, Ahmed Yahia, de diriger le projet, le tout en présence du président de la FIFA, Gianni Infantino. Pointé du doigt par plusieurs responsables européens, notamment le président de la Ligue de football espagnole, Javier Tebas, qui n’a pas hésité à affirmer, dans les colonnes du New York Times, que : « derrière tout ça, il y a le président de la FIFA, Gianni Infantino.» Le successeur de Sepp Blatter joue sur du velours dans une Afrique en somnolence.

C’est bien la CAF et elle seule, qui souhaite lancer une nouvelle compétition dont personne ne connaît encore les contours, pas même son président, Patrice Motsepe. Berceau de l’humanité, l’Afrique -à l’image de ce qui se fait dans l’exploitation du gaz de schistes’apprête à devenir le laboratoire d’une révolution imaginée ailleurs et que personne ne souhaite mettre en application chez soi, une révolution dont elle n’a certainement pas les moyens. Tout comme la fracturation hydraulique, la Super Ligue est annoncée comme la promesse d’un nouvel eldorado. Mais à quel prix ?

NAZIM BESSOL

 

 

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