Eco/MediaLes InfosMEDIAS

CAF : Hedi Hamel, ou l’art de faire entrer un carré dans un cercle

Par Nazim Bessol (BOTOLA)

Le conseiller très spécial d’Ahmad Ahmad, le Franco-Algérien, Hedi Hamel a été chargé du service après-vente de la CAF et bien plus. En bonne équilibriste, il a prouvé qu’il méritait son salaire et ses grosses indemnités

A la veille de l’arrivée de Fatma Samoura, en tant que déléguée générale de la FIFA pour l’Afrique, Hedi Hamel, conseiller du gestionnaire de la CAF, Ahmad Ahmad, a été chargé de vendre le projet largement contesté aux médias. Ainsi, il était l’invité de la Chaîne TV5 Monde où il a tant bien que mal, essayé de défendre l’indéfendable. Face à deux journalistes qui ne semblaient pas plus documentés que ça, il s’est contenté de noyer le poisson. Questionné sur la mise sous tutelle de la CAF par la FIFA, telle l’opinion sportive et de nombreux observateurs qui perçoivent la mission de la SG de la FIFA au Caire, Hedi Hamel s’emporte en bon comédien : « C’est un mot qui nous met en colère… c’est une tempête dans un verre d’eau » explique-t-il, pour justifier la présence de la Sénégalaise durant les 6 prochains mois. Une arrivée qu’il justifie par les nombreuses réformes que la nouvelle équipe a mises en place. « Le train de réforme nécessite un accompagnement, la mère patrie c’est la FIFA… le président Ahmad a pris sur lui de demander à la FIFA accompagnement pour renforcer le dispositif (…), c’est vraiment une tempête dans un verre d’eau. C’est une confédération qui est allée vers la mère patrie la FIFA pour demander un accompagnement pour renforcer les structures, ce n’est pas une mise sous tutelle, il ne peut pas y avoir de mise sous tutelle. Les confédération y’en a cinq. La FIFA les parraine, les aide, c’est dans les statuts, c’est déjà arrivé dans les Caraïbes. » Une affirmation qui frôle la désinformation dans la mesure où il a fallu ni plus ni moins, que la présence de Gianni Infantino en personne au dernier comité exécutif de la CAF au Caire, et d’un lobbying permanent de son équipe durant les jours précédents pour s’assurer de la « bonne tenue » des délégués africains.

Amalgame

Hedi Hamel, qui semble avoir oublié les premières bases de la com’, entretient l’amalgame et occulte volontairement la lettre du président de l’UEFA, scandalisé par une telle mesure et de son timing. Ce dernier avait clairement indiqué que la nomination de Fatma Samoura en tant que déléguée générale de la FIFA en Afrique n’avait aucune base légale, puisque ni les statuts de la CAF ni ceux de la FIFA ne prévoient pareille nomination. Il ne peut ignorer que dans le cas des Caraïbes (CONCACAF) qu’il prend comme exemple, jamais au grand jamais la FIFA n’était intervenue comme elle le fait avec la CAF. En 2015, alors que la CONCACAF était littéralement décapitée suite à la suspension de la quasi- totalité de ses dirigeants, la FIFA n’a pas dépêché de super administrateur ou de président bis. Le cas de Fatma Samoura reste une première et Hedi Hamel a feint de l’ignorer

Histoire ancienne ?

Interrogé sur l’interpellation de Ahmad en juin dernier par la police française, il a expliqué que ce dernier a été blanchi par le procureur de la République de Marseille. « C’est une vielle histoire je suis vraiment déçu, je pensais être venu pour parler de football aujourd’hui c’est le temps de football la CAN vient de se terminer c’est une CAN historique vous me parlez de quelque chose qui s’est passée il y a 4 mois qu’on a ressassée à longueur de journée. Il s’est expliqué, il a effectivement répondu à des questions de la police française sur des sujets, il est à même de vous expliquer ces sujets-là, il a été innocenté. Le communiqué est allé partout dans toutes les agences, pour le moment c’est un homme libre indépendant et totalement innocent… » a expédié le conseiller d’Ahmad. Une affirmation pour le moins étrange, alors même que les investigations pour des faits de corruption et de blanchiment d’argent sont toujours en cours. Selon les informations à la disposition de BOTOLA, les réquisitions ont même été lancées par les enquêteurs. Et puis la gravité des faits ne suggère surtout pas de prescription après 4 mois, comme tente de le faire admettre Hedi Hamel.

Tache noire

Concernant le scandale de Radès lors de la finale retour de la Ligue des champions, ES Tunis – WA Casablanca, Hedi Hamel ne semblait pas être informé de l’arbitrage du TAS Lausanne, intervenu le jour de son passage sur le plateau de TV5 Monde. Il a trouvé la parade. Il a tenu à rappeler qu’il s’agissait d’une décision du Comex de la CAF, décision finalement annulée par le tribunal suisse « Ce n’est pas le président Ahmad, là je dois rectifier quand même, c’est le comité exécutif de la CAF qui s’est réuni et qui s’est emparé d’une affaire grave. Le président de la confédération a été insulté, il a été malmené, l’ensemble de la délégation a été malmenée à Tunis pendant la finale de la Ligue des champions, j’étais moi-même dans ce stade, les conditions de ce match n’étaient pas normales (…). C’est le comité exécutif qui a trouvé que la meilleure solution était de rejouer le match (…). Il peut prendre une autre décision. » Et v’lan dans le bec du canard. Une affirmation en décalage avec les attendus du TAS Lausanne qui a déclaré le Comex de la CAF incompétent. Ainsi, rien n’est venu étayer la thèse de l’insécurité puisque Ahmad a procédé au final à la remise du trophée et des médailles aux joueurs de l’ES Tunis, avant de se déjuger quelques jours plus tard et proposé à son Comex de faire rejouer la rencontre. Pire, dans les attendus du TAS, la question de l’insécurité semble complètement évacuée puisque les requêtes du WA Casablanca ont toutes été rejetées.

Une fausse accalmie

Le numéro de contorsionniste proposé par Hédi Hamel devrait lui valoir une augmentation salaire. Toujours avec cet air grave et scandalisé, il propose une version édulcorée de la réalité. Questionné sur l’avenir de Ahmad Ahmad, son conseiller toujours animé du même souci de tout dédramatiser lorsqu’il s’agit de son boss précise : « Il est à mi-mandat aujourd’hui, il a été élu pour 4 ans, on nous a annoncé des bombes, un attentat… on nous a tout annoncé pendant le Comité exécutif et on nous a dit pendant l’Assemblée générale: attention il va s’abattre je ne sais quelle foudre et il ne s’est rien passé. L’AG s’est très bien tenue, le Comex aussi, s’il doit y avoir d’autres problèmes eh bien le président les affrontera.» Sauf que ce n’est plus Ahmad qui affronte les problèmes  fait référence Hedi Hamel, puisque c’est «la mère patrie» qui prend le relais. Sans la présence et l’intervention de Gianni Infantino, l’Assemblée générale et la réunion du Comité exécutif qui l’a précédé ne se seraient jamais tenues dans le calme comme l’affirme le conseiller d’Ahmad. Dans son dernier courrier aux membres du conseil de la FIFA, Mussa Bility*, le seul qui a osé « tenir tête » à Infantino en pleine réunion du Comex de la CAF et qui par la suite a attaqué la décision de nommer Fatma Samoura, déléguée générale de l’Afrique, a expliqué comment la FIFA a mis tout le monde au pas. Le chantage aux aides et subventions a garanti à Ahmad de passer le cap de sa deuxième AG illégale si l’on considère que les statuts n’ont pas été respectés comme la réception du bilan distribué le jour même de l’AG et autres.

Décalage

Enfin, Hedi Hamel a défendu la dernière fête du football africain, la CAN 2019, la première de l’histoire organisée avec 24 équipes, il évoque une CAN « totalement réussie, regardez d’où on vient, on vient d’une CAN qui était mal diffusée qui n’était pas encore diffusée, il y avait 12 pays en 2017 qui ont reçu les images de cette CAN. Elle a été refondée c’était dans le programme du président Ahmad. On passe de 16 à 24, on a changé la périodicité… » La CAN a certes été une réussite sur le plan de l’organisation et le comité d’organisation local (LOC) présidé par l’Egyptien Hani Abu Rida est à féliciter. Mais sur le plan des recettes, le compte n’y est pas. La CAF enregistre comme expliqué dans notre précédente édition, un recul de ses droits TV malgré l’augmentation des matchs. L’instance refuse de communiquer autour du contrat Lagardère qui devait être renégocié. S’agissant de l’augmentation des équipes et de la périodicité, malgré le succès de la première édition, les voyants sont à l’orange pour les prochaines éditions.
-NB

* Mussa Bility, membre du Comité exécutif de la CAF a écopé de 10 ans d’interdiction d’exercer toute activité liée au football, 24h après avoir saisi le TAS.

Tags
Fermer

Adblock détecté

S'il vous plaît envisager de nous soutenir en désactivant votre bloqueur de publicité